La lyophilisation d’archives est un procédé de séchage sous vide basé sur la sublimation (glace → vapeur). Elle est utilisée pour stabiliser et sécher des documents saturés en eau après inondation, dégât des eaux ou incendie. Les étapes clés sont : congélation, stockage en froid négatif, lyophilisation, éventuelle décontamination selon diagnostic, décollement des feuilles si possible, reconditionnement et report de cotes.
Un dégât des eaux, une inondation ou l’intervention des pompiers peuvent mettre en péril un fonds d’archives ou une bibliothèque. Le papier se déforme, les encres migrent, les pages adhèrent entre elles et les moisissures peuvent apparaître en quelques heures.
La bonne nouvelle : des documents sinistrés peuvent être sauvés, à condition d’agir vite et de suivre une méthode éprouvée : congélation, lyophilisation, puis remise en condition de conservation.
Pourquoi agir vite après un sinistre “eau” ?
Lorsque des archives sont mouillées, le risque n’est pas seulement esthétique : il est structurel et sanitaire. Plus le délai est long :
plus les pages se collent et se déchirent lors de la séparation,
plus les encres migrent,
plus la déformation devient irréversible,
plus le risque de moisissures augmente.
L’objectif n’est pas de restaurer immédiatement : c’est de stabiliser pour empêcher l’aggravation.
La lyophilisation : le principe en mots simples
La lyophilisation repose sur un mécanisme physique : la sublimation.
Quand un document est congelé, l’eau qu’il contient est sous forme de glace. En le plaçant dans une enceinte sous vide, cette glace peut passer directement à l’état gazeux. On obtient ainsi un séchage en profondeur, sans repasser par une phase liquide.
Ce procédé est particulièrement adapté :
aux documents trempés ou immergés,
aux registres et liasses denses,
aux sinistres de grande ampleur,
aux documents sensibles ou à forte valeur patrimoniale.
Étape 1 — Congélation : figer l’urgence
La congélation est l’étape de sauvetage la plus efficace pour “mettre sur pause” les dégradations. Elle permet :
de figer l’eau dans les fibres,
de stopper temporairement les phénomènes biologiques,
d’éviter l’emballement des dommages,
de sécuriser la logistique et la décision de traitement.
Étape 2 — Stockage en froid négatif : organiser la suite
Le stockage en froid négatif évite toute reprise de dégradation avant traitement. C’est aussi le moment où l’on organise :
la constitution des lots,
la traçabilité (cotes, provenances, identifiants),
le tri par niveau d’urgence,
la préparation du traitement.
Étape 3 — Lyophilisation : assécher à cœur par sublimation sous vide
Pendant la lyophilisation :
les documents restent gelés,
le vide permet à la glace de se sublimer,
l’eau est extraite progressivement.
Résultat : les documents sont séchés en profondeur avec un niveau de maîtrise nettement supérieur à un séchage à l’air, notamment pour des volumes importants ou des liasses compactes.
Étape 4 — Décontamination éventuelle : uniquement si nécessaire
Après un sinistre, certains documents peuvent présenter :
des débuts de moisissures,
des odeurs,
des salissures (boue, poussières),
des suies (post-incendie).
Point essentiel : la lyophilisation assèche, mais n’est pas une désinfection au sens strict.
Selon l’état sanitaire observé, une décontamination complémentaire peut être envisagée après diagnostic, avec une méthode adaptée au type de documents et aux exigences patrimoniales.Étape 5 — Décollement des feuilles : retrouver la manipulabilité
Une fois séchés, les documents nécessitent parfois :
séparation des feuillets,
décollement progressif,
remise en manipulabilité.
Cette phase est délicate : elle dépend du type de papier, des encres, du niveau de saturation et des conditions du sinistre. Elle doit être menée avec méthode et précaution.
Étape 6 — Reconditionnement et report de cotes : remettre les fonds dans de bonnes conditions de conservation
Une fois stabilisés :
les documents sont reconditionnés avec des matériaux adaptés,
les cotes et informations sont reportés lorsque c’est possible, afin de maintenir la traçabilité des documents
Cette étape est déterminante : elle conditionne le retour en magasins, la consultation future, et la sécurité documentaire.
Lyophilisation : avantages concrets
Évite autant que possible la migration des encres
Limite le collage des pages
Réduit le risque de moisissures
Permet un séchage à cœur, y compris pour des liasses denses
Convient à des traitements en masse en cas de sinistre important
Les 5 erreurs à éviter après un dégât des eaux (conseils pratiques)
Ne pas attendre : les dommages s’aggravent rapidement
Ne pas chauffer les documents au radiateur / sèche-cheveux
Ne pas empiler des documents mouillés sans intercalaires
Ne pas forcer l’ouverture d’un registre mouillé
Ne pas nettoyer à l’eau des documents fragiles
Conclusion : oui, vos documents peuvent être sauvés
Un sinistre n’est pas forcément une condamnation. Avec une stratégie claire — congélation, stockage en froid négatif, lyophilisation, traitement complémentaire si besoin, remise en manipulabilité, reconditionnement et report de cotes — il est possible de sauver une grande partie du patrimoine écrit touché par l’eau.
AB ANTIQUO vous accompagne à chaque étape, du diagnostic d’urgence au retour en conservation, avec une méthode rigoureuse, traçable et adaptée à la valeur de vos fonds.